Bling-bling as usual ? Le Festival du film de Dubaï a débuté hier avec son défilé de demi-stars venues glaner quelques babioles de luxe dans l’émirat contre une brève apparition. La fête fait semblant de continuer mais une partie moins glamour se joue en coulisses. Depuis que Dubai World, l’une des quatre grandes holdings de l’émirat, a demandé, fin novembre, un moratoire de six mois sur le remboursement de sa dette, l’étau se resserre. Pour amortir le choc sur les marchés mondiaux, les autorités locales avaient pris soin d’annoncer la nouvelle au milieu de l’Aïd al-Kébir, suivi, cette année, de la fête nationale. En vain. La Bourse de Dubaï ne cesse de dégringoler : - 6,1% lundi, - 6% mardi, - 6,4% hier. La situation de Dubaï n’est pas reluisante. Toutes les institutions sont inquiètent de l’empileur de la situation dans la zone, rapporte le quotidien libération.fr.
Et l’inquiétude sur la solvabilité de l’émirat se propage. Les quatre grandes banques locales ont vu leur notation baisser : les agences de notation s’interrogent sur leur degré d’engagement dans le gouffre de dettes accumulées par Dubai World et surtout sa filiale immobilière Nakheel, qui pourrait, à terme, entraîner l’émirat dans leur chute. Ces deux sociétés représentent deux tiers de la dette globale de Dubaï, estimée à 90 milliards de dollars (61 milliards d’euros), soit 100% de son PIB. Or, contrairement à Abou Dhabi, la capitale fédérale des Emirats arabes unis, Dubaï n’a pas de pétrole.
Choc. Le plus étrange, dans cette crise financière, c’est qu’elle arrive à retardement. «La crise, ici, a démarré l’hiver dernier, raconte Joachim de Jenlis en observant les patineurs tourner trois étages plus bas, au Dubaï Mall, plus grand et plus luxueux centre commercial du monde. Depuis début septembre, ça va un peu mieux. Les embouteillages sont revenus, les malls se remplissent, le tourisme se maintient.» Ce jeune entrepreneur français, installé à Dubaï depuis le début des années 2000, dirige un club de rugby amateur des Français expatriés, les Dubaï Frogs. «En un an, 10 membres sur 50 sont partis.» Du jour au lendemain, et surtout au printemps. C’est dans l’immobilier et la finance que le choc a été le plus violent. Une loi interdit en effet de rester plus d’un mois dans l’émirat une fois son emploi perdu et le défaut de remboursement de crédit est puni de prison.
La crise a été encore plus durement ressentie par les centaines de milliers de travailleurs asiatiques (Indiens, Pakistanais, Sri-lankais, Philippins, etc.), qui ont bâti les bâtiments fous de l’émirat. Alors que la plus haute tour du monde, la Burj Dubaï (800m), est en cours d’achèvement, la moitié des chantiers ont été stoppés. Quant aux nouveaux projets tels le parc Dubailand, qui devait couvrir six fois la surface de Disneyland, ils sont reportés. Les routes tracées en plein désert sont peu à peu recouvertes par le sable. «On se disait que ça allait s’arrêter à un moment ou à un autre. Tout le monde se refilait le mistigri», relate Joachim de Jenlis, dont l’entreprise d’équipements de protection pour les chantiers va connaître cette année une baisse de chiffre d’affaires de 30%.
Cette brutale récession vient après une décennie de croissance à deux chiffres. Avec la crise, les expatriés qui sont restés ont négocié leurs loyers à la baisse. Mais la plupart ne veulent pas partir : «Ça reste l’endroit le plus agréable à vivre et le mieux équipé pour faire des affaires à 1 500 km à la ronde, note de Jenlis. Dubaï a atteint sa taille critique, tout ça ne va pas disparaître du jour au lendemain», dit-il en désignant les gratte-ciel autour. «On va revenir à un environnement d’affaires plus sain, des règles plus claires.» Mais le jeune expatrié ne se fait pas d’illusions : les autorités finiront par instaurer une forme de TVA et d’impôts «en douceur, pour ne pas faire fuir les expatriés». Les étrangers représentent 85% des 1,5 million d’habitants de Dubaï.
A l’approche du 14 décembre, échéance prévue du remboursement d’une obligation islamique (soukouk) de 3,5 milliards de dollars émise par Nakheel, les esprits s’échauffent. Un groupe d’investisseurs en colère venus de Londres a débarqué à Dubaï pour tenir une conférence de presse ce matin. Une première dans un pays où partis, associations et manifestations sont interdits. Ils sont remontés depuis que le ministère des Finances a expliqué que l’Etat n’était pas là pour renflouer les erreurs de gestion de Dubai World et de Nakheel. Sans doute la condition qu’a posée Abou Dhabi pour aider, une fois de plus, son turbulent voisin.
Cordon ombilical. Cette mise au point a fait l’effet d’une bombe pour les petits porteurs et tous ceux ayant acheté des appartements sur plans. Car le statut des grandes holdings de Dubaï n’a jamais été clair : fondées par décret de l’émir, elles sont gérées comme des sociétés privées. L’ambiguïté a été utile pour attirer les investisseurs (persuadés que l’émirat s’en porterait garant), et pour convaincre les banques de prêter sans compter. Même Nakheel n’en revient pas : «Pour tout ce qui concerne les problèmes financiers actuels, adressez-vous au gouvernement», nous répond sa porte-parole au téléphone. En tranchant le cordon ombilical, le cheikh Al-Maktou, muré dans le silence depuis le début de la crise, a préféré protéger son Etat. Mais il devra revoir à la baisse ses rêves de grandeurs.
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