On l’attendait depuis longtemps. La fameuse liste électorale provisoire, objet de toutes les supputations, est là. Elle pouvait être consultée depuis plus d’une semaine par internet, par sms et par appel téléphonique. Mais depuis dimanche dernier, 22 novembre, elle a été affichée dans les centres de collecte d’Abidjan, la capitale économique ivoirienne, dans sa version papier. Pour l’intérieur, les personnes recensées, il fallait attendre jusqu’à mardi pour espérer afficher partout. Ainsi, les 1 100 centres de collecte du pays servis, le contentieux, c’est-à-dire les réclamations pourront se faire pendant 30 jours, pour les personnes recensées qui ne seraient pas en règle. En clair, il y a deux listes à afficher dans chaque centre de collecte. La première concerne 5 300 586 personnes qui figurent sur la liste électorale provisoire et qui sont sûrs de recevoir leur carte nationale d’identité et leur carte d’électeur dans les mois à venir. La seconde liste comprend 1 033 985 recensés, ayant leurs dossiers incomplets, et qui seront amenés à prouver dans les 415 commissions locales de la Commission électorale indépendante (CEI), qu’ils peuvent et doivent figurer sur la liste électorale. Il s’agit ici ni plus ni moins que de démontrer qu’ils sont effectivement Ivoiriens. Ils ont 30 jours pour le faire et 8 jours aux juges pour donner leur avis sur les dossiers les plus compliqués. Ainsi, suivra la période de la publication de la liste électorale définitive, puis la distribution des cartes nationales d’identité et des cartes d’électeurs, avant l’ouverture de la campagne électorale, pour la tenue du scrutin présidentielle.
De plus, un signe concret de la mise en œuvre du processus électoral, est la publication de la liste des
candidats devant s’affronter dans les urnes. 14 candidats ont été retenus par le Conseil constitutionnel, vendredi dernier. Ils étaient 20 à s’être inscrits à la demande de la CEI, entre le 26
août et le 16 octobre 2009. Les dossiers de candidature transmis au Conseil constitutionnel, ont été analysés. L’institution avait même demandé aux candidats de fournir une attestation de
régularité fiscale. En définitive, l’institution dirigée par Paul Yao N’dré a jugé aptes 14 candidats. Les 6 autres ont pour la plupart, été recalés pour non paiement du cautionnement de 20
millions de FCFA.
Parmi ces candidats, les yeux sont tournés vers trois personnalités ivoiriennes, à savoir le chef de l’Etat
Laurent Gbagbo, candidat du Front populaire ivoirien (FPI), l’ancien Président de la République Henri Konan Bédié du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), et l’ex Premier ministre Alassane
Ouattara du Rassemblement des Républicains (RDR). Ces trois grosses pointures de la scène politique ivoirienne vont devoir s’affronter pour la première fois dans les urnes, depuis l’instauration
du multipartisme en 1990 dans le pays. Les candidatures de ces deux opposants avaient été rejetées en 2000 sous la transition militaire, pour dossier médical incomplet pour Bédié et pour
nationalité douteuse pour Ouattara. Mais les accords internationaux avaient indiqué que les candidats des forces politiques signataires de l’accord de Marcoussis pouvaient se présenter sans être
recalés. A côté d’eux, une autre jeune figure se signale. Président du 4ème parti politique le plus en vue en Côte d’Ivoire, Albert Toikeusse Mabri est un jeune loup aux dents longues
qui a aussi son mot à dire. Une femme, la seule, compte parmi les 14. Jacqueline Lohouès Oble veut inquiéter les hommes, parmi lesquels figure l’humoriste Dolo Adama, plus connu sous le nom de
Dahico. Né Malien, il a bénéficié d’une mesure de naturalisation et d’une mesure exceptionnelle du chef de l’Etat, faisant de lui un candidat à l’élection présidentielle à venir. Il a fait comme
Coluche, le comédien français qui s’est présenté à l’élection présidentielle française de 1981. « J'appelle les fainéants, les crasseux, les drogués,
les alcooliques, les pédés, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les taulards, les gouines, les apprentis, les Noirs, les piétons, les Arabes, les Français, les
chevelus, les fous, les travestis, les anciens communistes, les abstentionnistes convaincus, tous ceux qui ne comptent pas pour les hommes politiques à voter pour moi, à s'inscrire dans leurs
mairies et à colporter la nouvelle.
TOUS ENSEMBLE POUR LEUR FOUTRE AU CUL AVEC COLUCHE.
Le seul candidat qui n'a aucune raison de vous mentir ! », annonçait Coluche le 30 octobre 1980 dans le théâtre du Gymnase, au cours de sa déclaration de candidature.
Il lance également son slogan de campagne : « Jusqu’à présent, la France est coupée en deux ; avec moi, elle sera pliée en quatre ! ». Drôle de promesse électorale. Adama Dahico, lui, est le président du « Drômikan », entendez, « les propos du buveur d’alcool ou du saoulard ». Il entend donc prendre le pouvoir par le « rire ».
Mais il reste une préoccupation majeure. La fixation d’une nouvelle date pour la présidentielle. Celle du 29 novembre ne pouvant plus être respectée, en raison des retards accumulés au cours de l’opération d’identification des Ivoiriens.
Comme on le dit au Vatican, en attendant la désignation d’un nouveau Pape, « la fumée blanche » qui annonce les élections n’est pas loin.
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