Dimanche 11 octobre 2009
7
11
/10
/2009
16:10
•exemple L'institution enquête sur l'organisation du contrôle aérien. Selon nos informations, Jean-Louis
Borloo et Dominique Bussereau avaient été alertés dès le mois de juillet dernier.
Le rapport est déjà prêt. Suite aux révélations du Figaro, faisant état d'un système occulte de travail à mi-temps dans les tours de contrôle françaises, le secrétaire d'État aux Transports,
Dominique Bussereau, a sommé mercredi matin la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) de lui remettre un rapport sur le sujet «sous 24 heures».
Un délai record sur un sujet aussi épineux. Mais il sera tenu. En effet, toujours selon nos informations, ces faits étaient connus depuis plusieurs mois au plus haut niveau de l'État.
La Cour des comptes a ainsi adressé le 31 juillet 2009 un référé sur le sujet à Jean-Louis Borloo, ministre de l'Écologie, qui chapeaute le secteur des transports, et à Dominique Bussereau, son
secrétaire d'État. L'institution, qui enquête donc également sur le sujet, «s'apprête même à insérer une mention sur le sujet de la présence des contrôleurs aériens à leur poste dans son rapport
public annuel publié en février», précise également une source gouvernementale.
Selon nos informations, Dominique Bussereau a répondu début septembre aux questions de la Cour des comptes. Ces éléments seront repris dans le rapport de la DGAC qui doit être rendu public jeudi.
Il doit répondre aux questions que pose l'organisation du travail dans les tours de contrôle françaises. Les contrôleurs aériens auraient en effet mis sur pied dans la plus parfaite opacité un
système d'autogestion du temps de travail baptisé «clairance». Les aiguilleurs du ciel, qui sont censés assurer 24 heures effectives par semaine à leur poste de travail, n'en assurent dans les
faits que 12, soit à peu près 80 jours de travail par an. Le tout pour un salaire moyen de 5 000 euros net par mois, qui atteint 8 500 euros net pour un contrôleur aérien de 50 ans.
«La sécurité aérienne est une priorité absolue pour le transport aérien», a rappelé Dominique Bussereau en début de journée. Interpellé quelques heures plus tard à l'Assemblée sur le sujet, il a
affirmé que les vols à Roissy étaient «assurés dans des conditions de sécurité optimales» et que les contrôleurs aériens étaient des techniciens «de haute qualité».
Le faible temps de présence des contrôleurs aériens à leur poste pose, selon certains pilotes d'Air France, un problème de sécurité. Plusieurs incidents ont été relevés sur le logiciel Sentinel
sous l'indicatif «Arpon», «proxy» comme proximité. Cet indicatif signale que des avions sont passés trop près l'un de l'autre au-dessus de Roissy et ont frôlé la catastrophe. La DGAC a admis
mercredi avoir identifié avec précision l'un des trois incidents révélés par Le Figaro. Dans les trois cas, un contrôleur aérien donne un ordre erroné au pilote et le met en route de collision avec
un autre vol. Selon un contrôleur aérien, il y aurait «une demi-norme par jour à Roissy». Une demi-norme est une situation où les avions se croisent à une distance 50 % inférieure aux normes en
vigueur, soit 1,5 à 2,5 milles nautiques au lieu de 3 à 5 milles suivant le gabarit de l'aéronef. Des pilotes d'Air France rapportent même avoir évité «en visu» un autre avion.
La direction de la compagnie française n'a fait aucun commentaire sur ces incidents comme sur le sujet des «clairances». «Les contrôleurs ont deux missions régaliennes, explique un porte-parole du
syndicat national des pilotes de ligne. Une mission de sécurité qui nous donne entière satisfaction. Nos pistes sont beaucoup plus sûres que celles d'Amérique latine ou de Russie. Et une mission
d'exploitation et de fluidité du trafic avec laquelle nous sommes beaucoup plus critiques». Le syndicat, proche de la direction d'Air France, ne fait en revanche aucun commentaire sur le «sujet de
la gestion des effectifs».
De leur côté, les syndicats de contrôleurs n'apportent également aucun démenti officiel clair. «Vos informations institutionnalisent quelque chose qui est pratiqué à la marge, explique un
porte-parole du Syndicat national des contrôleurs du trafic aérien. Les effectifs dans les tours de contrôle sont calqués sur la pointe de trafic. Après la pointe, il y a donc des personnes dont on
n'a plus besoin. Celles-ci restent à la disposition de leur équipe : elles sont par en formation mais pas à la maison.» Le SNCTA admet cependant à demi-mot le système de clairance qu'il attribue à
la crise économique et à la baisse du trafic aérien. «Les perspectives de recrutement depuis deux ans ont été faites sur la base d'une croissance quasiment de 20 % du trafic, explique son
porte-parole. On a eu 20 % de baisse. Aujourd'hui, les contrôleurs ont du temps libre, non pas parce qu'ils ne veulent pas travailler mais parce qu'il y a moins de vols.» Sur le terrain, des
contrôleurs aériens admettent à mots couverts le système des clairances. «Vous vous acharnez sur nous, explique l'un d'eux. Pourtant, c'est comme dans une caserne de pompiers. Si quelqu'un doit
aller chercher son enfant à l'école, il y va.» Selon un autre aiguilleur du ciel, en poste à Aix-en-Provence, «le chef de centre n'a même pas accès à la liste des personnes qui travaillent en temps
réel dans la tour. Tous les abus sont permis».
Le système des clairances risque donc d'être difficile à prouver. Le rapport que Patrick Gandil, le patron de la DGAC, remettra jeudi, est censé apporter des premiers éléments de réponse.
Source :Figaro.fr
Par Denis-Zodo
-
Publié dans : société
0
-
Partager
Derniers Commentaires