Longtemps contestée, combattue et reléguée au second plan, en raison de ses techniques empiriques, la médecine traditionnelle connaît une croissance exponentielle ces dernières années. Selon l’OMS, la première réaction de 80% des personnes africaines quand elles tombent malade est le recours à la médecine Traditionnelle. Cette médecine est moins coûteuse et plus accessible que la médecine moderne dans les traitements de certaines pathologies. Souvent, elle connaît des succès là où la médecine moderne a montré ses limites. Cette capacité à traiter des maladies souvent incurables lui est reconnue par tous dans tous les pays africains, si bien qu’il s’impose impérativement à tous les Etats son implication dans la prévention et le traitement des maladies courantes ou difficilement traitables par la médecine moderne. Fort de cet intérêt majeur, Comment l’intégrer aux efforts de la lutte contre les maladies courantes ou intraitables ?
Avant tout, qu’est ce que la médecine traditionnelle ?
La médecine traditionnelle se rapporte aux pratiques, méthodes, savoirs et croyances en matière de santé, impliquant l’usage à des fins médicales de plantes, de parties d’animaux et de minéraux, de thérapies spirituelles, de techniques et d’exercices manuels, séparément ou en association pour soigner, diagnostiquer et prévenir les maladies ou préserver la santé. De cette définition, il ressort que les appellations sont différentes quand on passe d’une région à une autre. Ainsi, on parle de médecine « complémentaire » au Canada et de médecine « parallèle » dans certains pays.
Cette médecine, en raison de son efficacité dans le traitement des maladies face auxquelles la médecine moderne connaît un échec, commence à reprendre surface pour plusieurs raisons. En effet, avec la croissance de certaines maladies dites «incurables » par la médecine moderne, l’insuffisance de moyens techniques, de personnel qualifié, l’incapacité des centres de santé à accueillir tous les malades, et la cherté des soins modernes, la médecine traditionnelle, parallèle ou complémentaire, connaît une évolution fulgurante dans nos sociétés. La pauvreté et l’inaccessibilité des soins modernes ont rendu nécessaire, la présence de cette médecine à côté de la médecine moderne et confirme de ce fait, sa compétence en matière de soins de santé. Sa notoriété est inéluctable car la médecine traditionnelle soigne le corps et l’esprit, donc produit une guérison totale ou globale, alors que la médecine moderne ne se contente que du corps. Selon l’OMS, la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. Il y a donc les soins du corps et de l’esprit ou de l’âme. C’est cette vertu qui lui a valu cet usage répandu dans le monde. En Afrique, en Asie, et en Amérique latine, plusieurs personnes font appel à cette médecine pour répondre à leur besoin en soins de santé primaire. En Afrique, 80% de la population a recours aujourd’hui à cette médecine (selon l’OMS dans son bilan annuel de 2007). Ainsi, 30 à 50% des consommations en médicaments en Chine, repose sur les médicaments traditionnels à base de plante. 90% des Allemands prennent des remèdes traditionnels. Et même, au Canada où la médecine moderne est développée, 70% des populations ont recours à la médecine traditionnelle comme traitements complémentaires. On le voit, le marché mondial des plantes médicinales est en pleine expansion, soit environ 600 milliards de dollars américains par an. La médecine traditionnelle a donc une place incontournable dans les soins de santé. C’est ce qui a motivé l’OMS à lui accorder une place de choix dans les soins de santé de certains pays. Contrairement à ces pays dont le Mali est un exemple, la Côte d’Ivoire n’a pas encore accepté son intégration complète dans le système de santé. Dans ce contexte social difficile où les soins de santé modernes sont engorgés et fragilisés par l’insuffisance de personnel qualifié et de moyens techniques, la promotion de la médecine traditionnelle est toujours confisquée par le manque de volonté politique.
Les bases de celle-ci ont été déjà établies à la conférence d’Alma-Ata en 1978 (URSS) et réactivées en Afrique par la conférence de Bamako. Cependant, des observations inquiétantes concernant cette médecine nécessitent d’être relevées. Ce secteur est encore marqué par la mauvaise organisation liée à l’absence de réglementation, à la mauvaise utilisation des pratiques et des médicaments par des non professionnels, en quête de moyens financiers par tous moyens. A cela, on peut ajouter la menace criante de la biodiversité, en raison du développement incontrôlé des marchés des plantes médicinales. Cependant, ces inquiétudes sont-elles suffisantes pour l’écarter ?
Ou alors, doit-on tenir compte de son apport appréciable dans les soins de santé pour sa réhabilitation et sa promotion ? La médecine traditionnelle bien que non structurée, reçoit toutes sortes de clientèle (pauvre ou riche) et est accessible. Elle a un objectif social et humanitaire et semble être dépourvue de caractère mercantile. Ces médicaments sont efficaces et accessibles. Il y a donc une priorité concernant la promotion de son utilisation. En effet, plus d’un tiers de la population des pays en développement n’ont pas accès aux médicaments essentiels, en raison du coût ou de la distance à parcourir pour les avoir. L’accès à ces thérapies sûres et efficaces, constitue une avancée déterminante pour le développement des soins de santé dans ce monde en général, et en Afrique en particulier.
C’est pourquoi, les Etats doivent normaliser et intégrer nécessairement la médecine traditionnelle dans leur système de santé. Ils doivent réglementer les médicaments à base de plantes médicinales et les soumettre à un contrôle législatif, selon un modèle structuré. Quelles sont les meilleures manières d’intégrer la médecine traditionnelle à la médecine moderne ? Avant toute chose, Il faut mettre en place une institution chargée de la gestion et de la réorganisation du système traditionnel des soins.
Les gouvernants doivent renforcer le rôle de la médecine traditionnelle dans les soins et préventions des maladies. Ils doivent donc optimiser, en mettant à la fois un frein aux dérives et en créant les conditions de sa prospérité ou de sa promotion. Pour ce faire, il faut recenser et regrouper les différents types de médecines traditionnelles selon les moyens utilisés et des pathologies traités. Les constituer en structures locales, régionales et Nationales. Recenser tous les médecins selon leur capacité de soins ;
les soumettre à une déontologie commune à la corporation. Et légiférer pour interdire la publicité mensongère en matière médicale.
Former les membres à la reconnaissance des symptômes des maladies traitées, et à l’usage d’instruments médicaux primaires tels que le tensiomètre, le thermomètre….
Créer une base de données fiables des remèdes traditionnels, favorables à la recherche et aux traitements ; définir un cadre légal de collaboration et d’exercice de cette médecine dans le pays. Le renforcement progressif des capacités de ces médecins doit s’orienter dans la dynamique visant à contenir les maladies.
Les pays doivent adopter une approche régionale commune, pour l’homologation, la distribution, la fabrication et le commerce de ces plantes. Les tradipraticiens ou médecins traditionnels doivent s’organiser sur la base d’une déontologie concrète. Ils doivent élaborer des guides précis afin d’informer les populations sur les différentes interventions. L’OMS, dans le cadre de la promotion de la médecine traditionnelle, aide les Etats à élaborer des politiques nationales d’évaluation et de réglementation des pratiques de cette médecine. Dans ce sens, elle rassemble la documentation et les remèdes en matière de médecine traditionnelle. Enfin, elle aide les Etats à développer la base factuelle sur l’innocuité, l’efficacité et la qualité des produits et les pratiques de la médecine complémentaire ou parallèle.
Par ailleurs, une telle activité ne saurait être menée de façon durable sans politique de culture et de conservation de plantes utilisées. C’est pourquoi, les Etats doivent encourager la culture de ces plantes, tout en mettant en place des mécanismes de régulation pour leur usage. La médecine traditionnelle a donc sa place dans la société.
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