Lors d’une intervention publique devant les populations de Vavoua- ville du centre ouest du pays-, venues le rencontrer, le chef de l’Etat Laurent Gbagbo a manifesté son intention de remanier l’actuel gouvernement dirigé par le leader des Forces nouvelles Guillaume Soro avant les élections à venir. Face à cette intention prétentieuse, obscure et dangereuse en cette période de sortie de crise, tous les Ivoiriens s’interrogent sur l’opportunité et le fondement d’une telle décision.
En quoi le gouvernement actuel constitue t-il un obstacle à la sortie de crise et à la tenue des élections ? Quel gouvernement faut-il pour aller aux élections, et en vertu de quel pouvoir Gbagbo peut-il imposer un gouvernement homogène au mépris des accords politiques ?
L’actuel gouvernement en place dirigé par le leader des Forces nouvelles Guillaume Soro est issu de l’accord politique de Ouagadougou et des accords antérieurs. Il résulte des arrangements politiques, donc d’un consensus des différentes parties représentées dans ce gouvernement. Il ne résulte donc pas de la seule volonté de Gbagbo de mettre en cause ce gouvernement et de le dissoudre, afin de mettre en place un autre, correspondant à ses aspirations. Aussi, aucun moyen constitutionnel n’est suffisant pour lui permettre dans de telles circonstances, de former un nouveau gouvernement dont la mise en place ressort exclusivement d’arrangements politiques. C’est donc au regard de cet obstacle majeur, qu’il s’est rendu à Ouagadougou pour convaincre le facilitateur Blaise Compaoré afin de le rendre complice de cette volonté obscure et anti démocratique. Gbagbo a déjà eu l’onction du Premier ministre Soro et celle des Forces nouvelles. Mais, voyant les obstacles juridiques et politiques, il désire avoir l’onction de Blaise. Ainsi, il pourra agir librement avec son Premier ministre qu’il a, semble t-il, fini par inféoder.
Mais ce qu’il reproche au rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp)- opposition regroupant le Pdci, le Rdr, l’Udpci et le Mfa-, est-il fondé et suffisant pour exiger le départ des ministres de cette coalition ?
Selon le quotidien « Notre voie » du 25 juillet 2008, Gbagbo accuse le Rhdp de saboter son action en tant que Commandant en chef de ce gouvernement. En effet, selon ce quotidien, quand tout va bien dans le pays, quand le gouvernement commandé par Laurent Gbagbo réalise des prouesses, le Rhdp en revendique les bénéfices. Pourtant, quand les Ivoiriens, excédés par la cherté de la vie, du fait de la crise militaro- civile (en passe d’être résolue), situation aggravée récemment par la flambée des prix du carburant, se révoltent en observant des arrêts de travail, le Rhdp jubile… dans le seul but de fragiliser Gbagbo. Voilà ce qu’on reproche aux opposants. Ces arguments ne sont non seulement pas fondés mais ils ne sont pas tangibles et suffisants pour changer la nomenclature d’un gouvernement. La vérité est donc ailleurs. Il s’agit de la volonté de Gbagbo de contrôler les élections dont il redoute l’organisation par les structures compétentes. Après avoir tenté de récupérer vainement des ministres et de désorganiser des partis politiques de l’opposition, en se payant les services des perturbateurs résidents, en quête de légitimité, la solution ultime est de neutraliser l’opposition dont la victoire aux futures élections est prévisible. La peur est certes grande, mais Gbagbo doit reconnaître la réalité qui est en face. Prendre une décision impopulaire, c’est conduire au blocage du processus de paix. Or, grand homme politique, il sait qu’il n’est pas prêt à aller maintenant aux élections sous peine de les perdre. Alors, pour faire porter le chapeau à l’opposition, il intervient par une provocation, en décidant de réduire ses représentants au gouvernement et en occupant certains postes stratégiques, afin de faciliter la fraude massive qu’il entend mettre en œuvre. Le refus de l’opposition entraînerait nécessairement un blocage, chose qui lui est favorable.
Un membre du gouvernement peut –il peut-il être un acteur clé d’un parti politique ou des groupements idéologiques ?
La réponse est affirmative. Dans l’arrangement politique, seuls les représentants de partis ou groupes idéologiques sont parties prenantes, en dehors du facilitateur. Soro est un leader clé des Forces nouvelles, et Gbagbo, celui du Fpi, parti au pouvoir. Les représentants des partis politiques de l’opposition sont légitimement reconnus dans ce rendez-vous du processus de paix.
Gbagbo peut-il gouverner avec les Forces nouvelles pour aller à la paix ?
Autant on réclame la bonne gouvernance, autant les actes doivent aller dans ce sens. La sortie de crise repose sur un gouvernement de consensus. Exclure certaines parties, conduit inéluctablement à mettre en cause les principes démocratiques tant prônés par l’Etat ivoirien. Aussi, l’assistance dont nous bénéficions de la part de la Communauté internationale est fonction de notre rattachement à ce principe ; notamment la large participation à la sortie de crise.
Réduire donc le nombre de ministres, notamment ceux de l’opposition, n’est pas une solution à la réduction du train de vie de l’Etat.
Il faut donc chercher la solution ailleurs, notamment dans la réduction de financement des partis politiques de complaisance, rattachés au Front populaire ivoirien (Fpi) et la suspension de la mesure qui autorise la résidence à l’hôtel du Golf de certains ministres.
De ce qui précède, le facilitateur du dialogue direct doit rester serein et trancher sagement ce conflit imminent, qui risque d’entraver le processus de paix en bonne voie.
Lorsque Gbagbo avait eu recours à l’accord politique de Ouagadougou, il avait laissé de côté la Constitution, la loi fondamentale. C’est au moment où il est coincé qu’il veut invoquer la Constitution.
Veut-il encore invoquer l’article 48 de cette Constitution ? Simple question.
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