Finis les affrontements directs de début août entre la Russie et la Géorgie. Grâce à une Union Européenne qui s’est impliquée, diplomatiquement parlant, pour amener la Russie à arrêter cette offensive contre Tbilissi. Mieux, au cours d’un sommet extraordinaire à Bruxelles, les leaders européens ont condamné à nouveau « la réaction disproportionnée de la Russie » contre la Géorgie, ainsi que la décision « inacceptable » de Moscou de reconnaître l’indépendance des régions géorgiennes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. Aussi, faut-il le rappeler, les pays européens sont restés divisés sur la rupture de leur collaboration avec la Russie. Toujours est-il que l’U.E continue de mettre la pression sur Moscou pour qu’elle retire totalement ses forces de la Géorgie.
Mais comme s’il restait sourd aux appels au calme des Européens, le président russe Dimitri Medvedev continue ses provocations inutiles contre la Géorgie et son président. « Je ne considère pas Mikhaïl Saakachvili comme le président de la Géorgie. Il est pour moi un cadavre politique », a laissé entendre Dimitri Medvedev, ces jours-ci. Un peu comme au mois d’août, où Moscou, conditionnant l’arrêt des hostilités, avait osé demander le départ de Saakachvili du pouvoir en Géorgie. Les autorités géorgiennes qui constatent que rien ne peut plus s’arranger entre les deux capitales ennemies, ont décidé de mettre fin à toute coopération diplomatique. Tbilissi a rappelé pour de bon son ambassadeur en Russie, quand Moscou en a fait de même pour son représentant en Géorgie. Mais cette déclaration de Medvedev sonne comme une volonté russe de mettre tout en œuvre pour éliminer physiquement- n’ayons pas peur des mots-, le président géorgien. Une telle attitude peut paraître surprenante aux yeux de ceux qui ne connaissent pas grand-chose de cette politique intérieure russe. En fait, s’il avait été un homme libre dans la tête et dans sa façon de gouverner, Dimitri Medvedev ferait tout pour éviter cette crise qui a éclaté entre ces deux capitales. Car, au-delà de tout ce qui peut se dire, l’actuel président russe n’est pas un va-t’en-guerre, même s’il fait partie de l’écurie du bouillant Vladimir Poutine, son premier ministre. Mais, il faut le reconnaître, cette crise a eu lieu, avec les escalades verbales qu’elle connaît, parce que le chef de l’Etat russe n’est pas libre de ses actions. En d’autres termes, c’est une marionnette, un personnage téléguidé qui a hérité du « trône ». Tous, nous savons comment Poutine, l’ancien président russe a bataillé pour que lui succède son dauphin. On pensait que c’était seulement en Afrique où on avait ce genre de pratiques. Que non ! En réalité, Vladimir Poutine s’est éclipsé de la présidence, certainement en évitant de tomber sous le coup de la loi ; nous pensons bien, que cela est fait pour respecter la limitation de mandats présidentiels. En somme, pour éviter les folles critiques des Russes et de la Communauté internationale. Mais en réalité, Poutine est parti sans partir. Puisqu’il s’est fait nommé premier ministre par celui qu’il a contribué à faire élire. Juste récompense, pourrait-on dire. Et pour tout dire, c’est Vladimir Poutine qui continue de gouverner la Russie. En donnant des ordres à Medvedev, d’ailleurs vite exécutés par celui-ci. Car, si Poutine voulait partir pour de bon, que cherche t-il encore dans les environs du pouvoir ? Ancien membre remarquable du KGB (le service secret soviétique), l’équivalent de la CIA aux Etats-Unis, Poutine est un homme d’action. Il est parti de la présidence russe sans avoir satisfait ce désir de régler cette question ossète et abkhaze avec la Géorgie, très proche des rivaux américains. Et il tenait à faire cette guerre. C’est d’ailleurs lui qui, en tant que président, a commencé à faire délivrer des passeports russes aux ressortissants d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie, pourtant géorgiens. C’est pourquoi, il a tout mis en œuvre pour que soit élu celui qu’il pouvait manipuler à sa guise, en l’occurrence Dimitri Medvedev. Les membres du KGB, comme Poutine, on le sait, n’aiment pas la discussion. Ils aiment plutôt agir par la force. Souvenez-vous que c’est lui qui, en 2004, avait refusé la discussion avec des forces tchétchènes qui prenaient des otages, dont des enfants dans une école moscovite. Poutine avait alors mis un gaz fort et très dangereux dans les locaux de la prise d’otage fermés, sans tenir compte des otages qui, innocents, étaient dans une position de victimes. Tous les indépendantistes tchétchènes, preneurs d’otages, en sont morts, et avec eux, les otages qui ne demandaient que du secours de la part des autorités. Curieux tout cela.
Mikhaïl Gorbatchev, l’ancien homme fort de l’URSS n’aurait pas fait cela. C’est lui qui, sans faire de résistance, a opté pour la dislocation de cet ensemble. C’est toujours lui qui, en 1980, a ordonné le retrait des troupes soviétiques d’Afghanistan, après d’énormes pertes dans les rangs de ses combattants. Lui, était réellement un homme de paix. Contrairement à ces deux hommes.
Le duo magouilleur et provocateur
Comme nous l’écrivions plus haut, Medvedev n’est qu’un exécutant. Poutine veut absolument passer par lui pour assouvir des désirs. Tel un poltron, le premier ministre parvient à lui inoculer cette dose de courage qui lui permet de poser des actes et de tenir des propos de « vrai garçon ». Qui est-il pour renier la présidence de Saakachvili ? Puisque ce dernier n’est pas président par lui. Si lui Medvedev est président parce que Poutine l’a voulu, ni lui ni Poutine ne sont pas à l’origine de l’élection du président géorgien, au point de le renier. Et puis, nous ne sommes plus au temps où la Géorgie était sous commandement de l’URSS. De plus, qui est-il pour considérer son collègue président de « cadavre politique » ? Medvedev se prend-il pour le nombril de la terre, au point de traiter le président d’un pays tiers de « cadavre politique » ? A sa place, nous aurions choisi de nous taire. Ce serait plus raisonnable et plus honorant.
Mais faut-il réellement en vouloir à Medvedev ? Il n’a peut-être pas le choix. C’est certainement sur conseils de son prédécesseur, qu’il prend des positions, se moque même, insulte à peine. Il n’a rien à craindre. Parce qu’il a à ses côtés, un homme courageux, un ancien du KGB, un dur à cuir. Ils se sont tous les deux entendus pour diriger le pays. C’est chose faite depuis. Ils peuvent alors créer du cafouillage partout où ils se sentent capables. Ils feraient pourtant mieux de se taire après avoir comploté dans le dos des citoyens russes. Rien ne sert d’exacerber les tensions. Il faut éviter de provoquer, de fouetter l’orgueil des uns et des autres. Poutine et son président devraient mettre balle à terre. Car, la Russie est certes une foudre de guerre, mais elle ne peut prétendre ne pas avoir d’égale dans le monde. « L’humilité précède la gloire, et l’orgueil, la chute », dit l’adage. Les Russes devraient donc avoir le triomphe modeste. Car, il y a plus courageux que Poutine, et plus militairement équipée que la Russie au monde. Medvedev doit donc tourner la langue sept fois avant de tenir des propos aussi désobligeants que ceux tenus sur la personne de Saakachvili. Il en serait plutôt honoré.
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