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Mardi 6 janvier 2009 2 06 /01 /2009 17:59

Le verdict est tombé. La Commission électorale a révélé le nom du vainqueur samedi, au terme du dépouillement des bulletins de vote de la circonscription de Tain. La Commission électorale du Ghana a déclaré le chef du Congrès national démocratique (NDC), John Atta-Mills, grand vainqueur des élections présidentielles avec 50,23 % des voix au second tour, samedi. Il remporte une victoire serrée contre son adversaire, Nana Akufo-Addo, du Nouveau parti patriotique (NPP) qui récolte 49,77 % des suffrages exprimés.
Le chef du NDC élu nouveau Président du Ghana, n'est pas un nouveau venu sur la scène politique. Il a déjà occupé les fonctions de vice-président du pays de 1997 à 2000. Il est âgé de 64 ans, et est professeur de droit depuis 25 ans. Il est donc un homme d'expérience. Il succède ainsi au Président sortant John Kufuor qui ne pouvait se représenter pour un troisième mandat, en raison des dispositions constitutionnelles du pays.
Une éventuelle victoire du NPP aurait conduit à la première cohabitation politique dans l’histoire du pays.

Les péripéties d’une élection démocratique
Environ 12,4 millions d’électeurs étaient programmés pour voter dans 22.000 bureaux de vote à travers le pays, entre 07h et 17h locales. Ainsi, dès dimanche, plus de 12 millions de Ghanéens sont allés aux urnes pour la cinquième élection législative et présidentielle depuis le retour de leur pays au régime civil. Ils avaient à choisir entre huit candidats à la présidentielle, et 230 députés sur 1 060 candidats. A l’issue du premier tour, tout s’est joué entre les deux principaux partis: le Nouveau parti patriotique (NPP, au pouvoir) et le principal parti d’opposition, le Congrès démocratique national (NDC). Le faible écart de score entre les deux candidats, arrivés en tête du premier tour, laissait présager d’un scrutin très serré dimanche. Nana Akufo-Addo, avocat de 64 ans et candidat du parti au pouvoir, le Nouveau parti patriotique (NPP), avait réuni 49,13% des voix contre 47,92% pour son adversaire John Evans Atta-Mills, professeur de droit fiscal, 64 ans également et candidat du National Democratic Congress (NDC). Le résultat partiel du deuxième tour, sans le scrutin dans la 230ème circonscription, a donné des précisions claires: l’opposant John Atta-Mills est crédité de 50,13% des voix contre 49,87 pour son adversaire Nana Akufo-Addo.
Rappelons que pour des raisons logistiques, le déroulement du scrutin dans la 230ème circonscription, c'est-à-dire à Tain, région située à 200 kilomètres au nord-ouest de la capitale ghanéenne, Accra, n’avait pas été possible dimanche. Fort de l’importance de cette circonscription, l’issue de la présidentielle ghanéenne reposait sur celle-ci (les cinquante-trois mille électeurs inscrits dans cette circonscription). Tain pourrait changer la donne, à condition que le candidat du NPP soit plébiscité. Car l’écart entre les deux hommes n’était que de 23 055 voix sur un total de 8 979 877 de suffrages exprimés.

Les Ghanéens ont donc voté le vendredi dernier dans le cadre des élections présidentielles à Tain, bien que la tenue de ce suffrage constituait un point de désaccord entre les candidats à la présidentielle, les partisans de l’opposant John Atta-Mills du Congrès national démocratique (NDC), et Nana Akufo-Addo, du Nouveau parti patriotique (NPP, au pouvoir). Un important dispositif militaire et policier a été déployé pour encadrer ce vote décisif. Le Président sortant John Kufuor, qui a cédé le pouvoir après avoir effectué ses deux mandats de 8 ans, conformément à la Constitution, a appelé ses concitoyens au calme. L’avenir politique du Ghana s’est joué à Tain. Ce dernier épisode s’était déroulé dans le calme et la transparence, semble-t-il.
De 7h (GMT) à 17h, l’heure à laquelle les bureaux ont fermé leurs portes, les votes se sont déroulés dans le calme selon les observateurs. On le voit, la consigne donnée jeudi par le NPP à ses partisans de ne pas voter, n’a pas été suivie.
Cependant, il ressort quelques irrégularités. Car, selon l’AFP, le parti au pouvoir n’était pas représenté dans plusieurs bureaux de vote de la 230ème circonscription. Ce qui présumerait l’éventualité d’y truquer les résultats en sa défaveur lors des dépouillements de cet ultime vote.

Pourquoi l’opposition est-elle élue ?
Les réalisations économiques couronnées par une amélioration des statistiques et un meilleur environnement des affaires du gouvernement, aiguise sa volonté de se faire réélire. Cependant, bien que la Banque Centrale continue à approuver la politique économique du gouvernement, malgré la crise économique mondiale, estimant qu’elle est résistante et "modestement forte", l’opposition, pour sa part, appelle au changement en soutenant que le gouvernement n’a pas tenu ses promesses électorales d’améliorer les conditions de vie des populations, de créer des emplois, d’instaurer une économie solide, et de relancer la production industrielle et agricole. Mais, un peu plus loin, un des points sensibles est touché: la dénonciation de la corruption par l’opposition, qui affirme que le gouvernement n’a pas assez fait contre cette menace. Et en ajoute que le gouvernement avait toujours fait preuve de frilosité quand il s’agissait de passer à l’action. Du coup, l’opposition a pointé du doigt la position occupée par le Ghana sur l’indice de la corruption où il a une note inférieure à quatre sur une échelle de 10 comme la preuve du manque de volonté politique à faire face à la corruption. Voici comment les choses ont basculé en faveur de l’opposition.

Comment a t-on réussi un tel pari ?
On le voit, c’est un pas de géant dans la marche vers la consolidation de la démocratie. Dans ce processus, chacun s’y est impliqué véritablement.
Le Président sortant John Kufuor, qui a cédé le pouvoir après avoir effectué ses deux mandats de 8 ans, conformément à la Constitution, a appelé ses concitoyens au calme le vendredi dernier, en présentant ses vœux à ses concitoyens, et qu’il faut que « nous respections le calendrier constitutionnel pour la passation de pouvoir le 7 janvier ». Il a invité toutes les parties prenantes à se soumettre à l’autorité du président de la Commission électorale « quand il annoncera les résultats ».

D’abord, M. Kwadwo Afari-Gyan, le président de la Commission électorale nationale a bien organisé les élections: il a envoyé le matériel électoral pour qu’il soit réparti dans les bureaux. Et cela s’est fait en temps utile. Il a par la suite préparé psychologiquement les candidats à la confiance et à la transparence des élections. "Le vote doit être transparent et à chaque étape du processus. Il y a un système de contrôle qui empêche de tricher. Dans le cas où dans un bureau de vote, le nombre de bulletins dépasse celui des électeurs inscrits, le scrutin sera annulé", a t-il déclaré à chaque intervention. De plus, il a rassuré que les résultats définitifs pourraient être proclamés au bout de 72 heures après la fermeture du scrutin, chose qui met les électeurs et candidats en confiance.

Tout le monde s’est mobilisé par un vote pacifique, les chrétiens et les musulmans priant pour la paix afin d’éviter au Ghana les exemples sanglants du Kenya et du Zimbabwe. Une mission d’observation de 200 membres de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) dirigé par l’ancien chef de l’Etat du Nigeria, le général Yakubu Gowon, était présente pour les élections de dimanche au Ghana.

Une confiance anticipée, de la part de l’Etranger.
Tout en saluant le Ghana pour être resté l’étoile montante du processus de démocratisation en Afrique, le président de la Commission de la CEDEAO, Mohamed Ibn Chambas a déclaré que l’organisation régionale croit sincèrement que ces élections seront un autre pas de géant dans la marche de la zone vers la consolidation de la démocratie, du respect de l’Etat de droit, de la paix et du développement".
L’ancien chef de l’Etat du Nigeria, le général Yakubu Gowon, a déclaré que le Ghana a déjà servi de modèle en Afrique en accédant à l’indépendance en 1957 et devrait continuer à donner l’exemple.
Les missions des observateurs extérieurs, qui ont supervisé les élections présidentielles et parlementaires au Ghana, ont qualifié, mardi, ce scrutin de "libre, pacifique, transparent et crédible".

Mais ce résultat émane de l’action conjuguée des partis politiques, de la Société civile, des leaders religieux et des agences de sécurité qui ont fait la promotion "d’une contestation pacifique du pouvoir comme préalable au développement démocratique du Ghana".

Un soutien de la Communauté
Tout en félicitant la Commission électorale pour la qualité de son travail, la mission du Parlement panafricain (PAP) a demandé à la Commission électorale (EC) de mettre en place un mécanisme facilitant le processus de transfert des électeurs.
De plus, le classement des noms des électeurs doit être amélioré, par ordre alphabétique de préférence.
Le général Yakubu Gowon, chef de la Mission de la CEDEAO, a mis en garde tous les leaders politiques contre toute déclaration prématurée sur l’issue des élections avant l’annonce officielle des résultats par l’EC.
"La mission invite tous les partis politiques à employer des moyens exclusivement pacifiques et constitutionnels pour régler tout différend qui pourrait découler des élections", a déclaré le responsable de la CEDEAO.

Une élection approuvée par tous. L’ex-Président du Botswana, Quett Masire, chef de la Mission d’observation du Carter Center basé aux Etats-Unis, a observé que l’esprit de compétition a prévalu lors de ces élections caractérisées par un niveau élevé de transparence et d’ouverture, qui concourent au renforcement de la tradition démocratique du Ghana.
"Nous restons persuadés que les Ghanéens ont une fois de plus démontré leur attachement à un avenir démocratique grâce à une amélioration continue de leur administration électorale et la conduite de processus pacifiques et transparents", a t-il dit.
M. Masire a loué les efforts des partis politiques, de la Société civile, des leaders religieux et des agences de sécurité qui ont fait la promotion "d’une contestation pacifique du pouvoir comme préalable au développement démocratique du Ghana".

Tout en félicitant la Commission électorale pour la bonne tenue de ces élections, il a encouragé les différents partenaires à veiller au règlement pacifique de tous les différends électoraux, conformément à la Constitution du Ghana, particulièrement à l’approche de l’annonce définitive des résultats.
Valerie Amos, présidente du Groupe d’observateurs du Commonwealth, a pour sa part, loué la crédibilité du processus électoral du Ghana et demandé à tous les Ghanéens de faire preuve de patience concernant la publication des résultats.
Elle a aussi félicité les services de sécurité et les médias pour le rôle joué dans le déroulement de ce scrutin pacifique, transparent et crédible.

Le Ghana, qui est appelé à préserver son image d’exemple de démocratie en Afrique n’a pas baissé les bras. Toutes les dispositions utiles ont été prises pour préserver la paix et la sérénité.

Cependant, des contradictions grossières relevées
Selon des sources concordantes de la presse, le NPP a demandé jeudi à la justice de ne pas prendre en compte les résultats du scrutin tant que la lumière ne serait pas faite sur d’autres irrégularités, notamment dans la région de Volta (centre-est), acquise à l’opposition. Puis, l’annulation pure et simple du scrutin à Tain. Ce que le NPP a indiqué avoir obtenu jeudi soir auprès du tribunal des référés d’Accra. Mais, la suite a démontré le contraire de cela. Et cette information a été démentie par le chef de la Commission électorale, Kwadwo Afari-Gyan en ces termes à l’AFP: « en ce qui me concerne, l’élection de Tain aura lieu comme prévu ». Le tribunal des référés d’Accra a t-il compétence de faire annuler ou suspendre une élection au Ghana ? Certainement pas. Car, on l’a vu, M. Afari-Gyan, a démenti les allégations de fraude émises par le NDC et le NPP. Il a déclaré que « la Commission ne considère pas la preuve fournie suffisante pour invalider le résultat ». De cela, il ressort que la preuve à laquelle fait allusion M. Afari-Gyan n'a pas fait l’objet de divulgation suffisante de sorte à imprimer une certaine contestation légitime des parties. On le sait, la preuve irréfutable fournie par le candidat dans sa plus large diffusion ne saurait souffrir de décision de rejet. C’est pourquoi, en matière électorale, la procédure de contestation est une étape importante qui s’impose absolument aux candidats.

Par Denis-Zodo - Publié dans : Politique africaine
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