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Samedi 17 octobre 2009 6 17 /10 /2009 00:16

Quatre jours après les accords turco-arméniens, les équipes nationales des deux pays s’affrontaient hier soir lors d’une rencontre très politique.

 

Les plus fins politiques espéraient le match nul. «Comme ça, tout le monde sauve l’honneur», expliquait un supporteur de l’équipe nationale, favorable à la réconciliation turco-arménienne et d’autant plus serein que la rencontre d’hier était sans enjeu sportif : les deux équipes ont déjà été éliminées des qualifications pour la Coupe du monde 2010. L’hymne arménien a été pourtant copieusement sifflé dès le début du match. L’enjeu diplomatique était plus important que jamais, quatre jours après la signature à Zurich des accords normalisant les relations entre Ankara et Erevan.

«Abdication». Avant la rencontre, des supporteurs entonnaient les Noces de la mariée blonde, ballade caucasienne d’origine arménienne chantée aussi bien en Turquie qu’en Azerbaïdjan qui met tout le monde d’accord, malgré les blessures de l’histoire ou les contentieux territoriaux comme l’occupation d’un cinquième du territoire d’Azerbaïdjan par les forces arméniennes. Sujet d’autant plus sensible que pour beaucoup de Turcs, la Turquie et l’Azerbaïdjan turcophone sont «une même nation en deux Etats». L’opposition kémaliste a dénoncé la réconciliation comme«une abdication devant les pressions extérieures». A Bursa, où se tenait le match, un syndicat de fonctionnaires nationaliste avait annoncé vouloir distribuer des drapeaux azéris à brandir dans le grand stade Atatürk. Une initiative interdite par le préfet : «Nous ne sommes pas contre les drapeaux, mais contre les provocations.»

Trois mille policiers étaient déployés dans la capitale de l’automobile (Fiat, Renault) et du textile. La diplomatie du football est un exercice délicat. En septembre 2008, le président arménien Serge Sarkissian avait invité son homologue turc, Abdullah Gül, pour le match aller. Une visite lançant un processus diplomatique sous parrainage suisse qui, avec le soutien appuyé de Moscou et Washington, a abouti à la signature des protocoles d’accord devant encore être ratifiés par les Parlements des deux pays. Des violences auraient des effets dévastateurs sur l’image d’une Turquie déjà critiquée par la Commission européenne pour son manque d’allant dans les réformes (lire ci-contre). «Nous devons montrer au président arménien comme à l’équipe arménienne le sens de l’hospitalité de la Turquie», a lancé Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre turc. Une mise en garde d’autant plus nécessaire que si une majorité de l’opinion turque semble accueillir positivement le processus de normalisation, certains dénoncent une trahison de l’allié azéri. Erdogan avait d’ailleurs lui même rappelé au lendemain de l’accord que «tant que l’Arménie ne se sera pas retirée des territoires azerbaïdjanais qu’elle occupe, la Turquie ne pourra pas avoir une attitude positive envers elle». Mais dans l’extrême Est turc, beaucoup espèrent des retombées positives. «Les deux parties ont besoin de plus de contacts, et pas seulement au niveau des chefs d’Etat», rappelle un entrepreneur.

Déchirés. Arrivés à Bursa mardi, les footballeurs arméniens  jouaient décontractés. «Nous nous promenons sans aucune mesure de sécurité spéciale», assure Avalisant Sukhias, dirigeant de la Fédération arménienne de football. Mais leurs supporteurs n’ont pas fait le voyage, pas plus que les Turcs n’étaient venus pour le match aller à Erevan. Bursa est un fief nationaliste : il y a un mois, de violents incidents avaient éclaté lors d’une rencontre avec l’équipe de Diyarbakir, ville kurde du Sud-est de la Turquie. Cette fois, tout est fait pour éviter les dérapages : 14 000 des 20 000 places du stade étaient réservées aux invités officiels, ainsi qu’aux élèves du lycée militaire ou à ceux du collège de la police. Mais les 60 000 Arméniens vivant en Turquie, principalement à Istanbul, avaient les yeux rivés sur ce match historique. Parmi eux, de nombreux Arméniens d’Arménie qui ont fui la misère pour venir travailler au noir dans les chantiers ou les restaurants. «Si les deux pays entament une véritable normalisation, notre situation sera beaucoup plus simple», assurait l’un d’eux. Beaucoup d’Arméniens de Turquie étaient déchirés. L’une soupirait : «J’ai les mêmes sentiments pour les deux équipes, je me réjouis et j’ai peur pour chacune d’elle.» Elle aussi espérait le match nul, la Turquie l’a finalement emporté 2-0.

Source : liberation.fr

Par Denis-Zodo - Publié dans : Politique internationale - Communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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